Elle s’appelle Camille, ou Léa, ou Marine — le prénom change, le profil reste. Triathlète, coureuse de fond ou cycliste sérieuse, elle s’entraîne entre huit et douze heures par semaine dans l’agglomération lyonnaise. Elle vient en consultation parce qu’elle ne comprend pas : sa progression stagne depuis plusieurs mois, elle dort plus mais récupère moins bien, et elle ressent une fatigue de fond qui ne cède ni après une nuit complète ni après une semaine de récupération. Son médecin traitant a demandé une prise de sang. L’hémoglobine est normale. On lui a dit que tout allait bien. Et pourtant.
Le profil de l’athlète lyonnaise carencée que je vois en consultation
Lyon est une ville d’endurance. Entre les bords de Saône, le parc de la Tête d’Or et les collines de la Croix-Rousse, les entraînements matinaux sont une culture. Le niveau est sérieux, la compétition nourrit les ambitions, et les athlètes — souvent des femmes en âge de procréer — cumulent des charges d’entraînement élevées sans toujours surveiller ce que leur corps dépense en micronutriments.
Pourquoi le diagnostic arrive tard à Lyon comme partout en France
Le problème avec la carence martiale chez la sportive, c’est qu’elle est rarement détectée au bon moment. Le médecin prescrit une NFS (numération formule sanguine) qui regarde l’hémoglobine et les globules rouges. Si ces valeurs sont normales, on conclut à l’absence d’anémie — et techniquement, c’est juste. Mais l’anémie est le stade terminal de la carence en fer, pas le début.
Entre les réserves pleines et l’anémie déclarée, il existe un stade intermédiaire que les spécialistes appellent l’IDNA : Iron Deficiency without Anemia, ou carence en fer sans anémie. C’est l’état dans lequel se trouvent une majorité des athlètes féminines en difficulté que je reçois à Lyon. Leur ferritine — l’indicateur des réserves de fer stocké — est basse, souvent entre 15 et 40 ng/mL, alors qu’une athlète d’endurance performante devrait viser entre 50 et 70 ng/mL. L’hémoglobine, elle, est encore préservée : le corps a maintenu tant bien que mal la production de globules rouges en puisant dans ses dernières réserves.
Ce qui souffre à ce stade, ce ne sont pas encore les globules rouges — c’est tout le reste. Le fer est un cofacteur indispensable à des dizaines de réactions enzymatiques : production d’énergie mitochondriale, synthèse des neurotransmetteurs, fonctionnement immunitaire. Une méta-analyse récente portant sur plus de 600 athlètes féminines a montré une réduction de 3 à 4 % du VO2max lié à une ferritine basse — une perte de performance significative pour une sportive de compétition, et pourtant invisible sur une prise de sang standard.
Les signaux que je repère chez mes patientes lyonnaises
En dehors de la fatigue chronique, certains signaux d’alerte me guident. La perte de motivation à l’entraînement, décrite comme un désintérêt inhabituel, est souvent rapportée. Les jambes lourdes dès le début de l’effort, sans explication musculaire ou charge d’entraînement particulière. Une susceptibilité accrue aux infections ORL en saison hivernale — la fonction immunitaire dépend du fer. Des ongles cassants, des cheveux qui tombent plus, une peau terne. Et surtout cette sensation que les performances plafonnent malgré des efforts réels et documentés.
À Lyon, où beaucoup de mes patientes sont des professionnelles actives qui s’entraînent le matin avant le travail ou le soir après, la fatigue est souvent rationalisée comme “normale vu le rythme”. C’est précisément ça qui retarde le diagnostic.
Comprendre la carence en fer : les trois stades qui expliquent tout
Pour expliquer à mes patientes ce qui se passe dans leur corps, je dessine toujours trois étapes sur une feuille lors de la consultation lyonnaise.
Premier stade : les réserves se vident. La ferritine descend progressivement sous 50 ng/mL. Il n’y a encore aucun symptôme. L’hémoglobine est normale. La performance peut encore se maintenir. Ce stade est presque toujours silencieux.
Deuxième stade : l’IDNA. Les réserves sont épuisées, la ferritine est souvent en dessous de 30 ng/mL. L’organisme commence à rationalner le fer disponible pour maintenir la production de globules rouges en priorité. Les enzymes de la chaîne mitochondriale, moins bien alimentées, fonctionnent en sous-régime. C’est ici que la sportive lyonnaise commence à souffrir : fatigue inexpliquée, VO2max qui chute, jambes lourdes, cerveau dans le brouillard. Et l’hémoglobine reste normale.
Troisième stade : l’anémie. Le corps n’arrive plus à maintenir une production suffisante de globules rouges. L’hémoglobine s’effondre. Les symptômes deviennent évidents pour tout le monde, y compris pour le médecin traitant. Mais à ce stade, on a perdu beaucoup de temps — et souvent une saison entière.
Mon protocole de suivi sur 3 mois à Lyon
Quand je confirme une carence martiale chez une athlète lyonnaise, je ne prescris pas seulement un complément et je ne l’abandonne pas avec une liste d’aliments riches en fer. Le suivi se structure sur trois mois, avec des ajustements réguliers.
Le premier mois : l’alimentation en priorité
Avant de parler supplémentation, j’audite l’alimentation. Pas seulement les sources de fer — il y en a souvent — mais les inhibiteurs d’absorption. C’est là que se cachent la plupart des problèmes.
Le café du matin pris immédiatement avec le petit déjeuner ? Les tanins réduisent l’absorption du fer non héminique de 40 à 60 %. Le laitage au repas de midi avec la viande ? Le calcium inhibe compétitivement l’absorption du fer. Les céréales complètes à chaque repas sans source de vitamine C associée ? Les phytates forment des complexes insolubles avec le fer. L’athlète lyonnaise mange souvent bien, mais dans un ordre ou des associations qui neutralisent ses apports.
Je travaille aussi sur les synergies : augmenter la vitamine C au repas (poivron cru, kiwi, jus de citron sur les légumes), séparer café/thé des repas d’au moins 45 minutes, alterner les sources de fer héminique (viandes rouges, boudin noir, abats) et non héminique (légumineuses, tofu, graines de courge, persil).
Le deuxième mois : affiner avec la supplémentation à Lyon
Si l’alimentation seule ne suffit pas — et dans les cas d’IDNA avéré avec ferritine sous 30 ng/mL, elle ne suffit rarement — j’introduis la supplémentation. Le choix de la forme est crucial.
Les sels de fer classiques (sulfate ferreux) sont efficaces mais mal tolérés digestivement par la majorité des sportives que je suis : nausées, constipation, douleurs abdominales qui les poussent souvent à arrêter après quelques semaines. Le bisglycinate de fer — du fer chélaté à l’acide aminé glycine — présente une meilleure biodisponibilité et, surtout, une tolérance digestive nettement supérieure. Des données publiées dans le Journal of Trace Elements in Medicine and Biology suggèrent jusqu’à 64 % moins d’effets gastro-intestinaux comparé aux sels ferreux classiques.
L’horaire de prise compte aussi. Des recherches récentes ont montré qu’une prise matinale à jeun était associée à une remontée de ferritine significativement supérieure à une prise vespérale — une différence pouvant dépasser 15 µg/L sur une supplémentation de 12 semaines. Je programme donc la prise au réveil, 30 à 45 minutes avant le petit déjeuner, avec un verre d’eau et sans café.
Le troisième mois : l’analyse des résultats et l’ajustement à long terme
À 12 semaines, on refait le bilan. Je demande systématiquement ferritine, fer sérique, transferrine, saturation de la transferrine et NFS complète. Ce bilan complet permet de voir non seulement où en sont les réserves, mais comment le fer est transporté et utilisé.
Si la ferritine a remonté dans la zone cible (50-70 ng/mL), on peut envisager d’alléger la supplémentation ou de passer en maintenance, avec une alimentation renforcée et des contrôles saisonniers. Si la remontée est insuffisante, on cherche d’autres facteurs : malabsorption digestive, hypothyroïdie silencieuse, inflammation chronique (qui piège le fer dans la ferritine sans le rendre disponible), ou pertes menstruelles importantes nécessitant un avis gynécologique.
Ce que les athlètes lyonnaises n’entendent pas assez dire
La prévention de la carence martiale demande une surveillance régulière. Une prise de sang annuelle avec ferritine incluse est la norme que je recommande à toutes les sportives d’endurance sérieuses, quelle que soit leur performance apparente. Attendre les symptômes, c’est déjà être au deuxième stade.
Les périodes à risque méritent une vigilance particulière : reprise d’entraînement intensive après une trêve, augmentation du volume kilométrique, changement alimentaire important, et les mois d’hiver où les besoins immunologiques entrent en compétition avec les besoins de performance.
À Lyon, le réseau de médecins du sport permet un suivi coordonné de qualité. Les CHU lyonnais ont une expertise reconnue en hématologie du sport, et travailler avec un médecin qui connaît les particularités physiologiques des athlètes — notamment la pseudo-anémie de dilution — est un atout que j’encourage toutes mes patientes à utiliser.
La carence en fer n’est pas une fatalité. C’est une réalité métabolique prévisible, mesurable et corrigeable. Ce qui me réjouit, c’est de voir des athlètes lyonnaises remonter en puissance — souvent en l’espace d’un seul trimestre de suivi sérieux.
—
Tu veux un accompagnement personnalisé ? Prends rendez-vous avec Ingrid sur nutrisport.diet. Et pour générer ton plan nutrition sur mesure, l’application Ograal est là.

Je suis Ingrid GALLERINI



