Le triathlon 70.3, c’est 1,9 km de natation, 90 km de vélo, 21 km de course à pied. Entre 3h30 et 5h30 d’effort continu selon le niveau. Une épreuve qui exige du glycogène musculaire dès la première brasse, et qui ne pardonne pas les approximations nutritionnelles. Pourtant, en cabinet, ce que je vois le plus souvent, ce ne sont pas des athlètes qui ignorent l’existence de la charge glucidique. Ce sont des athlètes qui la font mal — souvent de bonne foi, souvent avec les meilleures intentions du monde. Voici les erreurs les plus fréquentes que j’observe, et le protocole que je construis avec eux pour y remédier.
Erreur n°1 : confondre “pasta party” la veille et charge glucidique
C’est l’erreur la plus universelle. La veille de la course, un grand plat de pâtes au dîner. Et c’est tout. Ce que beaucoup de triathlètes appellent leur “charge glucidique” se résume en réalité à un seul repas — copieux, certes, mais largement insuffisant pour produire une surcompensation glycogénique réelle.
Voici pourquoi ça ne fonctionne pas : le muscle squelettique ne peut stocker du glycogène qu’à un certain débit. Lui fournir une quantité massive de glucides en une seule prise, la veille au soir, sature la capacité d’absorption — l’excédent est orienté vers d’autres voies métaboliques ou stocké ailleurs. Pour atteindre la surcompensation décrite dans la littérature (Burke et al., 2011 ; Morton et al., Journal of Nutrition, 2026), il faut des apports élevés et distribués sur 48 à 72 heures — pas un pic unique en fin de préparation.
Ce que je prescris : une montée progressive sur 3 jours, avec des glucides distribués sur 4 à 5 prises par jour. Le dîner J-1 reste important, mais il n’est qu’une pièce d’un puzzle plus large.
Erreur n°2 : commencer la charge à J-2 alors que J-3 est décisif
La deuxième erreur que je vois souvent : les athlètes qui démarrent leur charge le mercredi ou jeudi avant une course du dimanche matin, soit J-3 ou J-2 selon le comptage. Ils pensent avoir le temps. Souvent, ils ne l’ont pas.
Le glycogène musculaire se reconstitue lentement. Après une semaine d’entraînement chargée — ce que beaucoup de triathlètes font encore pendant la semaine de race week —, les réservoirs sont entamés. Recharger des réservoirs partiellement vides demande du temps et des volumes glucidiques suffisants sur plusieurs jours. Une charge entamée à J-2 avec des réservoirs déjà bas ne produira qu’une saturation partielle.
Mon protocole commence systématiquement à J-3. La montée en glucides est progressive : on part d’une alimentation déjà orientée glucides à J-3, on monte la densité à J-2, on optimise la digestibilité à J-1. Ce planning permet d’arriver le dimanche matin avec des stocks vraiment saturés, pas à moitié rechargés.
Erreur n°3 : les crampes glycogéniques du matin de course
Voici une situation que je retrouve régulièrement en consultation post-compétition : un athlète qui a bien chargé, bien dormi, et qui arrive au départ avec des jambes lourdes, une sensation d’estouffement, et parfois des crampes dès les premiers kilomètres de vélo. Il a bien mangé — trop, et trop tard.
Ce phénomène, que j’appelle “crampes glycogéniques J0” par commodité, est en partie lié à une erreur de timing sur le petit-déjeuner. Un repas copieux pris trop près du départ (moins de 2h avant) ne finit pas de se digérer avant l’effort. Le sang est mobilisé à la fois vers les muscles actifs et vers le système digestif en plein travail — une compétition interne que ton corps gère mal en conditions de stress.
Il y a aussi la question de la quantité et de la composition de ce repas. Un petit-déjeuner trop riche en graisses ou en fibres alourdit la vidange gastrique. Certains triathlètes font l’erreur de sur-compenser le matin de course, estimant que “plus c’est mieux”. Ce n’est pas vrai. Le petit-déjeuner pré-course sert à verrouiller les réserves hépatiques — qui se vident pendant le sommeil — et à apporter du glucose circulant pour le démarrage. Pas à refaire une charge. Léger, glucidique, connu, pris 2h30 à 3h avant l’heure de départ.
Erreur n°4 : négliger les lipides et fibres dans les calculs
Quand j’explique la charge glucidique à un triathlète en première consultation, je leur dis toujours : augmenter les glucides n’est qu’une moitié du travail. L’autre moitié, c’est réduire ce qui prend de la place.
Les lipides en excès, les fibres des légumes crus et des légumineuses, les protéines en grande quantité — tout cela occupe de l’espace dans l’apport calorique total et dans le volume digestif. Si tu ne réduis pas ces éléments en parallèle de la montée glucidique, ton système digestif se retrouve saturé avant même que tes muscles ne le soient.
Concrètement, à J-2 et J-1, je demande à mes athlètes d’éviter : les fromages gras et les fritures, les salades composées avec beaucoup de crudités, les légumineuses (lentilles, pois chiches, haricots), les céréales complètes avec leur enveloppe. En échange : riz blanc, pâtes bien cuites, pain blanc, pommes de terre vapeur, bananes, compotes, confitures. Des sources simples, digestes, avec un IG élevé à J-1 pour faciliter le stockage rapide.
Mon protocole en 4 étapes
Voici la structure que j’utilise en cabinet pour la grande majorité de mes athlètes de triathlon 70.3. Elle s’adapte selon le poids, le niveau d’entraînement et la tolérance digestive individuelle — mais les grandes lignes restent stables.
Étape 1 — J-3 : réorientation glucidique. Augmenter progressivement la part des glucides dans chaque repas. Réduire modérément les lipides. Maintenir des protéines suffisantes. Éliminer les légumineuses et les légumes très riches en fibres. Commencer à “pré-hydrater” avec une eau riche en sodium et minéraux.
Étape 2 — J-2 : densification glucidique. Les glucides représentent 65 à 75 % des apports. Les lipides descendent à 1 g/kg ou moins. Les fibres sont très limitées. 4 à 5 prises alimentaires dans la journée, distribuées régulièrement. Hydratation soutenue : chaque gramme de glycogène stocké attire 2,7 à 4 g d’eau dans le muscle — il faut en fournir les matériaux.
Étape 3 — J-1 : sécurisation digestive. Les glucides restent élevés mais les aliments sont encore plus simples et encore mieux connus. Pas d’improvisation. Le dîner est composé de pâtes ou riz, sauce légère, protéines maigres en petite quantité. On évite les restaurants où la composition des plats n’est pas maîtrisée. On se couche hydraté, pas repu.
Étape 4 — J0 matin : verrouillage. Petit-déjeuner 2h30 à 3h avant le départ. Glucides simples (pain blanc + miel, porridge banane, riz au lait), minimum de gras et de fibres, protéines en petite quantité. Une boisson isotonique diluée pour maintenir l’hydratation. Rien de nouveau. Rien d’abondant. Juste ce qu’il faut pour partir avec le réservoir hépatique plein et l’estomac vide.
Ce que la charge glucidique change vraiment
Quand un athlète applique ce protocole correctement pour la première fois, le retour est presque toujours le même : “J’ai eu de l’énergie jusqu’au bout.” Pas d’effondrement sur le semi-marathon, pas de jambes de plomb à 15 km de la fin. Le travail de 72 heures de préparation nutritionnelle se ressent concrètement sur la performance.
La recherche soutient cette impression : une surcompensation glycogénique bien menée peut améliorer la performance sur des épreuves de plus de 90 minutes de 2 à 3 % (Burke et al., 2011). Sur un 70.3, ça peut représenter 5 à 10 minutes sur le temps total — une différence considérable.
Mais la charge glucidique ne se met pas en place en lisant un article la semaine avant la course. Elle se construit, elle s’entraîne, elle se teste lors des préparations intermédiaires. C’est un outil nutritionnel comme les autres : efficace quand il est bien utilisé, contre-productif quand il est bâclé.
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Références :
- Burke, L. M. et al. (2011). Carbohydrates for training and competition. Journal of Sports Sciences, 29(S1), S17–S27.
- Morton, R. W. et al. (2026). Updated ACSM carbohydrate recommendations for endurance. The Journal of Nutrition.
- IRONMAN.com — Endurance Nutrition Basics 101: How to Fuel For a 70.3 Triathlon (2025).
- Thomas, D. T., Erdman, K. A., & Burke, L. M. (2016). Position of the Academy of Nutrition and Dietetics. Journal of the Academy of Nutrition and Dietetics, 116(3), 501–528.



